Chapitre 4 ... >5<

-----Ils marchèrent un long moment sur la petite allée de pierres entre la plage et les bungalows, dépassèrent le tout dernier des cabanons mais l'allée continuait alors Enrique continua, Amélie à sa suite. Arrivée à la muraille qui marquait la fin du club, il s'arrêta.

-----À gauche, il y avait un grillage portant l'inscription « Interdit au public » et derrière, de grands tas de pierres et de sable. Amélie ne voyait aucune utilité à ce panneau : cet endroit était tellement éloigné de la place principale du club que personne ne devait s'y aventurer... À part eux évidemment !
-----À droite, il y avait la plage, mais dans ce coin là, elle était parsemée de gros rochers, qui perçaient le sable et émergeaient des flots.

-----Enrique, toujours devant Amélie, s'agenouilla. Il la regarda par-dessus son épaule et lui dit :
-----− C'est un endroit risqué pour une jeune fille en tongs... Grimpe !

-----Amélie sourit et sauta sur le dos d'Enrique. Celui-ci la souleva sans difficulté et se dirigea vers la mer. Il choisit un endroit où les rochers, relativement bas et pas trop pointus, avançaient vers l'immensité. Il marchait avec prudence, en prenant garde de ne pas plonger dans les flaques que la mer avait déposées. Il déposa Amélie à quelques centimètres de l'eau, là où les vagues venaient fouetter les rochers. La jeune fille s'assit sur une pierre relativement plate, Enrique aussi, quelques mètres en face d'elle. Personne ne parla. On entendait les vagues s'échouer sur le sable, la douce brise qui faisait danser les cheveux d'Amélie, et de la musique au loin. Tout semblait si loin pour Amélie... Elle repensa aux vacances qu'elle avait rêvé de passer, aux préjugés qu'elle avait sur ce club, à sa médiocre prestation en planche à voile, à ces plus qu'inattendues retrouvailles, aux cafés que ses parents devaient encore attendre... Cette dernière pensée l'a fit rire intérieurement. Puis elle regarda Enrique ; il la regardait aussi. Elle en fut gênée mais Enrique, qui ne semblait pas du tout l'être, continua à la regarder avec la même insistance que le matin, mais cette fois, sans l'interrogation !

-----Brisant le silence, il dit :
-----− Je suis content de te voir...

-----Les huit années qui avaient séparées Enrique et Amélie donnèrent à cette simple phrase un caractère étrange. Amélie étouffa un petit rire nerveux, qui se transforma en éclat de rire. Enrique, devant la fantaisie de la situation, rit à son tour, et pendant de longues minutes ils ne purent s'arrêter.

# Posté le jeudi 22 juin 2006 15:39

Modifié le jeudi 10 août 2006 04:31

Chapitre 4 ... >6<

-----Et puis tout se passa comme s'ils ne s'étaient jamais quittés, enfin huit ans, ça fait quand même un paquet de choses à se raconter. Ils parlèrent encore et encore pendant des heures, se racontèrent leurs vies réciproques, leurs aventures, leurs coups durs, leurs délires et tout ceci, avec la complicité de l'amitié qui les avait toujours liés.

***

-----− Tu as froid ? demanda Enrique.
-----Amélie était sur les fesses, au bord du rocher, la mer derrière elle. Elle venait de mimer à Enrique la façon dont elle s'était cassée la figure, lors d'une représentation de théâtre. En se relevant, elle sentit le vent, qui s'était rafraîchit, lui tourner autour comme s'il était enchanté ; elle frissonna.
-----− Non, répondit-elle.
-----− Menteuse, tu as la chair de poule ! On ferait mieux de rentrer.
-----− Non, non, ne t'inquiète pas ! Je suis toujours comme ça ! On croit que j'ai la chair de poule, mais en fait pas du tout !

-----En réalité, Amélie mourait de froid mais rentrer signifiait peut-être se réveiller de se rêve qui semblait si réelle et elle ne voulait pas.
-----− Je te connais assez bien pour savoir que tu as rarement la chair de poule, et que ça ne t'arrive que lorsque tu as vraiment froid ! D'ailleurs ça m'étonne que le vent soit si frais ce soir.
-----En disant ces mots, Enrique s'était approché d'Amélie.
-----− Ça fait huit ans Enrique ! J'ai beaucoup changé... se défendit-elle.
-----− Non... Tu es toujours la même. Il n'y a que tes cheveux qui ont changé ! Je m'en souviens désordonnés, emmêlés, avec toujours un peu de paille par ci et une petite branche d'arbre par là... Aujourd'hui ce sont des fleurs qui s'y accrochent, dit-il en caressant la pince de la jeune fille.

-----Puis il attrapa une des longues mèches d'Amélie et lui chatouilla le cou avec ; Amélie rit. Enrique se retourna pour la laisser grimper sur son dos mais celle-ci le contourna et vint se placer en face de lui.
-----− Tu as dit que je n'avais pas changé, dit-elle sur le ton de la provocation, et je vois bien que toi non plus ! Quand nous étions petits, jamais tu ne m'aurais porté, même pour traverser un champ de braises, alors pourquoi vouloir t'épuiser pour trois malheureux rochers ?

-----À ces mots, Amélie ôta ses tongs et traversa les quelques mètres de rochers qui la séparaient de la plage. Enrique eut un sourire triomphant et la suivit : toutes les filles qu'il connaissait se seraient volontiers laisser porter jusqu'à la plage, peut-être même jusqu'à leurs bungalows, mais pas Amélie. Il la savait trop sauvage pour être domptée.

-----Arrivée sur la plage, Amélie se laissa tomber sur un banc de sable; les rochers biscornus lui avaient fait atrocement mal aux pieds, mais elle se garda bien de dire quoi que ce soit, elle resta impassible.
-----− Les rochers sont pointus, n'est ce pas ?! lança Enrique en souriant, je les ai même sentis à travers mes baskets !
-----− Ça, ça veut dire que t'es une tapette ! Moi j'ai rien senti !

-----Enrique laissa échapper un éclat de rire.
-----− Je vois que tu mens toujours aussi mal !
-----Amélie lui fit une grimace, et frotta ses pieds endoloris.
-----Enrique rit de plus belle. Il s'approcha de la jeune fille pour l'aider à se relever. De nouveau il lui proposa de grimper sur son dos mais celle-ci refusa, trop fière pour s'abaisser à se faire porter.

# Posté le jeudi 22 juin 2006 15:57

Modifié le jeudi 10 août 2006 04:33

Chapitre 4 ... >7<

-----Les deux adolescents marchèrent en silence jusqu'à la piscine principale, leurs mains se frôlaient au rythme de leurs mouvements, et cette situation paraissait des plus anodine. Ils croisèrent un groupe de jeunes et les saluèrent. Un des garçons fit un clin d'½il à Enrique en lançant :
-----− Hum... Elle est jolie !

-----Enrique esquissa un sourire amusé et dit à l'adresse d'Amélie :
-----− Alala, s'il savait...
-----− S'il savait quoi ?
-----− Qui tu es vraiment !
-----Amélie regarda Enrique, interloquée.
-----− S'il savait le nombre de conneries qu'on a fait ensemble, s'il savait que tu m'as déjà vu courir dans ton jardin nu comme un ver, s'il savait le nombre de fois où tu as fait pipi au lit alors que je dormais chez toi, s'il savait le nombre de nuit qu'on a passé ensemble...
-----Ces deux dernières remarques firent rougir Amélie.
-----− La dernière fois qu'on a dormi dans le même lit, on était en CE2 !
-----− Oui mais ça lui ne le sait pas !
-----− Tu ne comptes quand même pas lui dire toutes les horreurs que tu viens de sortir ?!
-----− Je lui en dirais quelques unes pour le rendre jaloux, et les autres si tu m'embêtes trop !
-----Amélie donna une tape dans le dos d'Enrique.
-----− Le rendre jaloux de quoi en fait ?
-----− Que je sois le meilleur pote de la plus jolie fille du club !
-----Amélie rougit de nouveau.

-----Ils étaient arrivés au bar, là où ils s'étaient retrouvés quelques heures plus tôt. Le serveur les regardait avec un drôle d'air, sûrement avait-il assisté à leur étrange reconnaissance. À la sortie du bar, Amélie contournait la piscine pour prendre le chemin qui continuait tout droit tandis qu'Enrique tournait directement à gauche.
-----− C'est là qu'on se quitte.
-----− J'ai pas envie de rentrer me coucher, dit Amélie d'une voix triste.
-----− Mais il est déjà tard.

-----Amélie baissa la tête et regarda ses orteils joliment vernis de blanc nacré.
-----− Quelque chose ne va pas ? demanda Enrique.
-----− Ça va te paraître idiot mais j'ai peur de me réveiller demain matin et de me rendre compte que tout ça n'était qu'un mirage, que cette soirée n'a jamais existé, que tu n'es pas là devant moi et que tout ça n'est que le fruit de mon imagination.

-----Enrique sourit ; il semblait touché.
-----− Hé Mélie, regarde moi ! Je suis bien réel ! Si tu me pinces, j'aurais mal et je te pincerais à mon tour ! Pourquoi crois-tu que je te regardais si bizarrement ce matin ? J'ai bien vu que tu m'a pris pour un taré, mais j'pouvais pas m'en empêcher : je me demandais si c'était vraiment toi, par moment je me suis dit que j'étais dérangé, que tout cela était impossible. Mais tu vois je suis là devant toi. Et... Enfin peu importe ! Va vite te coucher et on se retrouve demain.

-----Amélie sourit à son tour ; il paraissait si sincère dans ces propos. Il était tellement mûr... Comparé à elle !
-----− Puis-je te pincer pour être bien sûre ?
-----− Je ne te le conseille pas !

-----Puis Enrique prit doucement Amélie dans ses bras, incontrôlable en façade mais si fragile à l'intérieur, elle n'avait décidément pas changé !

-----− Tu m'as manqué pendant tout ce temps, murmura-t-elle dans l'oreille d'Enrique.
-----− Toi aussi ma Mélie... Toi aussi...

-----Enrique déposa un bisou sur le nez d'Amélie, et ils partirent chacun de leur côté.

# Posté le dimanche 25 juin 2006 05:19

Modifié le jeudi 10 août 2006 04:36

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# Posté le jeudi 29 juin 2006 04:26

Modifié le jeudi 29 juin 2006 04:41

Chapitre 5 ... >1<

-----Arrivée à son bungalow, Amélie le trouva vide. Elle s'y attendait de toute façon. N'ayant plus aucune notion du temps, elle s'approcha de la table de nuit où elle avait laissé sa montre : deux heure du matin.

-----Elle ôta sa robe et à la place, enfila un tee-shirt ample qui lui descendait jusqu'au milieu des cuisses, et une petite culotte. Elle passa dans la salle de bain pour se démaquiller et se brosser les dents, puis se laissa tomber sur son lit de camp, petit mais moelleux.

-----Elle dormit d'un sommeil agité, et s'éveilla en sursaut en entendant un claquement. Il faisait déjà grand jour et Enzo venait de sortir de la salle de bain.

-----− Hé, pas de coussin ce matin ! J'ai pas fait de bruit ! s'exclama Enzo

-----Amélie se frotta les yeux et se leva. Elle entra dans la salle de bain, prit une douche rapide, enfila son maillot de bain militaire et une petite jupe rouge par-dessus. Elle aspergea ses cheveux de démêlant les coiffa avec des gestes brusques et saccadés. Elle s'en fit une longue tresse qu'elle ramena sur son épaule droite. Puis elle passa son dos nu blanc de la veille, des tongs blanche surmontées d'une grosse marguerite et sortit en trombe du bungalow. Enzo n'avait même pas fini de se préparer qu'elle courrait déjà entre les allées du club pour rejoindre le restaurant. Enfin elle courrait à la vitesse que lui permettaient ses sandales.

-----Arrivée au restaurant, elle se mit à scruter à droite et à gauche à la recherche d'Enrique. Elle vit au loin une main qui s'agitait, et reconnu le bras de sa mère, qu'elle rejoignit.

-----]− Bonjour ma puce ! lança Ben lorsqu'elle prit place à leur table.

-----Amélie, qui continuait de chercher Enrique du regard, répondit évasivement. Ses parents la regardaient, visiblement étonnés de son attitude.

-----− Un problème, mon ange ? lui demanda sa mère.

-----La jeune fille sursauta, semblant soudain se souvenir qu'elle était à la table de ses parents.

-----− Enrique est ici !
-----− Pardon ?
-----− Enrique est ici !

-----Ben et Landy se regardèrent, intrigués.
-----− Et qui est Enrique ? questionna Ben.

-----Amélie les regarda bouche bée, comme ci tout d'un coup, ce n'était plus ses parents qu'elle avait en face d'elle.

-----− Mais enfin, comme avez-vous pu oublier Enrique ?! Rico, mon meilleur ami !!! Ohé !!!

-----Et là tout devint clair pour Ben et Landy. Rico, le petit garçon avec qui Amélie avait passé d'innombrables heures à jouer, ce garçon qu'Amélie avait, bon nombre de fois, voulu adopter, ce garçon, qui, à la fête des mères, avait même offert un cadeau à Landy, ce garçon qui avait dit un jour, qu'il épouserait Amélie ; comment l'oublier... ?

# Posté le jeudi 29 juin 2006 11:14

Modifié le jeudi 10 août 2006 04:41