-----À gauche, il y avait un grillage portant l'inscription « Interdit au public » et derrière, de grands tas de pierres et de sable. Amélie ne voyait aucune utilité à ce panneau : cet endroit était tellement éloigné de la place principale du club que personne ne devait s'y aventurer... À part eux évidemment !
-----À droite, il y avait la plage, mais dans ce coin là, elle était parsemée de gros rochers, qui perçaient le sable et émergeaient des flots.
-----Enrique, toujours devant Amélie, s'agenouilla. Il la regarda par-dessus son épaule et lui dit :
-----− C'est un endroit risqué pour une jeune fille en tongs... Grimpe !
-----Amélie sourit et sauta sur le dos d'Enrique. Celui-ci la souleva sans difficulté et se dirigea vers la mer. Il choisit un endroit où les rochers, relativement bas et pas trop pointus, avançaient vers l'immensité. Il marchait avec prudence, en prenant garde de ne pas plonger dans les flaques que la mer avait déposées. Il déposa Amélie à quelques centimètres de l'eau, là où les vagues venaient fouetter les rochers. La jeune fille s'assit sur une pierre relativement plate, Enrique aussi, quelques mètres en face d'elle. Personne ne parla. On entendait les vagues s'échouer sur le sable, la douce brise qui faisait danser les cheveux d'Amélie, et de la musique au loin. Tout semblait si loin pour Amélie... Elle repensa aux vacances qu'elle avait rêvé de passer, aux préjugés qu'elle avait sur ce club, à sa médiocre prestation en planche à voile, à ces plus qu'inattendues retrouvailles, aux cafés que ses parents devaient encore attendre... Cette dernière pensée l'a fit rire intérieurement. Puis elle regarda Enrique ; il la regardait aussi. Elle en fut gênée mais Enrique, qui ne semblait pas du tout l'être, continua à la regarder avec la même insistance que le matin, mais cette fois, sans l'interrogation !
-----Brisant le silence, il dit :
-----− Je suis content de te voir...
-----Les huit années qui avaient séparées Enrique et Amélie donnèrent à cette simple phrase un caractère étrange. Amélie étouffa un petit rire nerveux, qui se transforma en éclat de rire. Enrique, devant la fantaisie de la situation, rit à son tour, et pendant de longues minutes ils ne purent s'arrêter.